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jeudi 30 mai 2024

Luce

 

Je me souviens de toi à l’école primaire,

De tes dons d’inventeur, et de cet attelage

Que tu bâtis un jour avec tant de courage

Pour conquérir le monde et braver tes chimères.

 

C’est dans ce vieux cellier, dont la porte grinçante

M’effrayait de son bruit, tu trouvais ça si drôle,

Que tu as déniché ce grand morceau de tôle

Et ce tapis miteux qui nous servit de tente.

 

A l’abri de la pluie, nous écoutions l’orage

Timidement parfois nous glissions nos têtes

Sous le ciel zébré, Dieu que nous étions bêtes !

Nous rentrions bien vite évitant l’arrosage.

 

La terre détrempée, les bourrasques d’hiver

Remuaient les effluves de multiples épices,

De safran, de muscade, de thym et de réglisse

Embaumant nos journées et tout notre univers.

 

Une planche céda un matin très venteux,

Libérant une trappe et un coffre scellé.

Nous ouvrîmes la boite et, tout démantelé

Nous découvrîmes Luce, un nounours plucheux.

 

Succombant à son charme, nous nous mîmes en devoir

De redonner la vie à ce bel ursidé,

Transformant notre tente en clinique dédiée,

Pansant, cousant, lavant, travaillant jusqu’au soir

 

Dans cet élancement de joie et d’innocence

Nous avons partagé nos plus belles années.

Posé dans le berceau de mon dernier-né

Luce, notre héros, lui murmure notre enfance.


Ce petit texte est le résultat d'un exercice d'écriture qui m'imposait dix mots à utiliser.




mercredi 25 juillet 2018

Famille


C'est un tableau retrouvé au fond d'un grenier, poussiéreux, patiné par le temps.
On devine sa valeur, une toile de maître sans prix.
On souffle dessus et on entend déjà quelques chuchotements d'un complot.
Frissons d'excitation, rires échappés, un chien qui court, tout fou...

Un petit coup de chiffon sur la toile et les regards s'éclairent. On distingue à présent de nouveaux visages, comme une évidence...

La Reine du jour s'émeut de cette foule immense réunie en son honneur... oui, ils sont presque tous là !
Les chants s'engaillardissent, noyés sous le breuvage doré qui coule à flots.

Une demoiselle s'en va au lac, baignade improvisée

On évoque les anciens, dont les sourires bienveillants apparaissent dans les nuages lointains
Quelques larmes comme un trait d'union entre nous...

On ripaille grassement et les têtes tournent un peu

Les voix se font parfois plus vives, les convictions s'affrontent. En toile de fond toujours, le bonheur d'être ensemble apaise les esprits.

Confidences, promesses échangées : « on s'enverra des missives, on se rendra visite »

Le soir tombe, les murmures s'estompent, certains sont déjà dans les bras de Morphée, bercés par Bacchus.

Longtemps les rires résonneront, bien au delà de ce nouveau matin qui s'annonce.


Dernier coup de chiffon, on distingue enfin le titre de cette œuvre : « Famille »




mercredi 20 décembre 2017

La Complainte du Plombier

Espéré, attendu, un long jour de printemps
Tu t'es enfin pointé dans mon appartement
Le sourire jovial, le jean à ras du.... chut
Tu m'as dit "ben ya rien", toi tu vas droit au but !
Deux jours auparavant, armée de serpillières
J'épongeais ma cuisine, jurant comme charretière
Je ne suis qu'une femme, et blonde de surcroît
Mais mon évier se vide et pas au bon endroit !
Mon cher petit plombier, je suis une bonne pâte
Tout au plus hystérique, à peine psychopathe
Cette nuit recueillant l'équivalent d'un fleuve
A la hâte pour que sur mon voisin ne pleuve
J'ai laissé mon cerveau se livrer au délice
D'écrire la longue liste de délicieux supplices
Reviens plombier, reviens, et colmate la brèche
Sinon je te promets que c'est toi que je sèche !




vendredi 24 novembre 2017

Transports en commun



Chère voisine de métro,

Tu t'es d'abord assise à côté de moi, ton sac débordant sur mes genoux.
Tu as tenté petit un coup de postérieur fort élégant pour gagner quelques centimètres sur ma place : hélas, tes 45 kilos n'ont pas vaincu ma force tranquille (oui oui, on dit comme ça à partir d'un certain poids ! )


Avec un gros soupir tu t'es alors laissé tomber sur la place d'en face, le regard noir.
Enfin pas assez noir à ton goût.... Tu as déballé la moitié de ta salle de bain (ah oui, je comprends le sac énorme !) et entamé tes peintures de guerre. Ceux qui me connaissent savent ce que je pense de la séance maquillage dans les transports.









Une fois parée, tu as gentiment partagé l'eau de ton parapluie en le secouant vigoureusement... Je te remercie chère voisine, car effectivement mon jean n'était pas assez mouillé !







A présent, tu confies ta vie à tue-tête au téléphone. Nous sommes tous très ennuyés que ton lave-linge soit en panne, mais rassurés de savoir que tu passeras le week-end chez Jeannine (on peut venir aussi ?)
Ta mélodieuse voix arrive à couvrir celle de Kurt Cobain qui se déchaîne dans mon casque.





Nos routes se séparent ici, chère voisine de métro. Tu as égayé mon voyage et je t'en remercie.
Mes pensées vont vers ceux qui ont l'immense privilège de partager ton bureau. 
Courage les gars, le week-end est proche !