jeudi 25 juin 2026

Je me permets

 



Les mails qui commencent par « je me permets », on en parle ?

Oui, on en parle parce que, moi, personnellement, ça me verticalise le capillus direct !

C’est comme les gens qui disent « moi » ou « personnellement » … c’est insupportable, non ?

« Je me permets » m’évoque une danse hésitante, un bégaiement, une immense inspiration avant de lâcher les mots qui ruissèlent enfin.

Je ne l’aime pas sur l’envoi d’un CV, mais je peux comprendre que la demande d’emploi soit empreinte de l’humilité que cette formulation semble suggérer. Cela ne me prédispose cependant pas positivement à la lecture dudit CV.

Mais lorsqu’il s’agit de me vendre un aménagement pour mon terrain de sport (si, si, publicité récurrente, je vous assure) ou une super solution clé en main pour que les clients se bousculent à ma porte, je m’insurge.

Un de mes professeurs de littérature nous expliquait qu’écrire c’est agresser l’autre. « Je me permets » me dit que tu n’oses pas vraiment, et pourtant tu m’assailles avec ta logorrhée publicitaire dont je n’ai que faire. Hypocrite, va !

Alors s’il te plait, Imane, Ludo ou Sabrina, non, ne te permets pas ! A minima, fais une véritable étude de marché avant de polluer ma boite mail… je n’ai pas de terrain de sport.

Ne commence pas non plus par : « J’espère que vous allez bien », que mon exigeant cerveau traduit en « ça va ou quoi ? ». Qu’est-ce que cela peut te faire ? Liras-tu ma réponse : « écoute, poto, c’est gentil de demander. Justement en ce moment ça ne va pas fort… ». Prendras-tu le temps de me réconforter ? Je m’abstiendrai car il est probable que tu m’expliques que toi aussi, il t’est arrivé la même chose, et franchement, même en échange d’un super plan pour améliorer les performances de mon site internet, je n’ai pas le cœur à me glisser dans la peau de ton psy.

Continuons cette fois à l’oral avec « j’ai envie de dire ». Hé bien dis-le ! Carrément, oui, ne te gêne pas, j’ai envie de dire.

Au jour d’aujourd’hui, du coup, en fait, nous passons tous notre vie à ponctuer nos dialogues de mots parasites, vous voyez ce que je veux dire ? Bref, au final, de base, quelque part, c’est juste pas possible !

Je me moque, mais j’avoue, on ne va pas se mentir, je ne suis évidemment pas la dernière à user de ces petites expressions qui rythment plus ou moins harmonieusement nos dialogues.

Je dis ça je dis rien...

… mais tais-toi Fred alors !

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